Vous avez dit qualité?

Qualité : n.f. ce qui fait qu’une chose est plus ou moins recommandable, degré plus ou moins élevé d’une échelle de valeurs pratiques.

On  remarque, si l’on s’en tient à la définition du Petit Robert que la qualité sous tend un jugement de valeur. Etonnant que les acteurs de notre controverse ne se soient pas davantage efforcés de définir véritablement ce qu’ils entendaient par là, alors que même que ce mot a été utilisé à tort et à travers dans les débats sur l’audiovisuel public. Surprenant que l’on ait écarté des discussions le téléspectateur, sans même se poser la question de ce pour lui cette notion signifie.

La qualité est un enjeu de démocratie à proprement parler. En ce sens, sa définition correspond à première vue à la ligne éditoriale de France Télévisions. France Télévisions étant un groupe médiatique de service public, les contenus se doivent théoriquement d’être accessibles au plus grand nombre ou « d’élever » les téléspectateurs, comme en témoigne la lettre de mission du président de la République à Jean François Copé qui en fait mention :

    « J’ai souhaité que notre télévision publique s’adapte plus rapidement et que ses programmes se différencient plus nettement de l’offre privée. La télévision publique doit favoriser la qualité et s’efforcer de « tirer vers le haut » le paysage audiovisuel. »

Ceci laissant au groupe France Télévisions la responsabilité de refaire entièrement leur grille de contenus en choisissant entre culture élitiste et ce que l’on nomme communément culture populaire. C’est ainsi que le cahier des charges de France Télévisions ou encore le baromètre qualitatif mis en place par le Ministère de la Culture, prévu dans la réforme répondent à une ambition de « qualité ».

Mais si l’on examine de près les débats de l’Assemblée Nationale ou les différents documents qui sont à notre disposition (Rapport de la Commission Copé ou articles de presse) on voit que cette notion recouvre tout au long de la controverse, différentes définitions. Pire son utilisation est parfois brandie comme un argument d’autorité, invoquant un « mieux » vers lequel il faut tendre qui satisferait l’intérêt général, correspondant à la conception d’un service public qui se doit comme à l’époque de l’ORTF d’« éduquer, divertir et informer ».

« J’ai déjà évoqué, s’agissant des missions de service public, les missions d’information, d’éducation, de décryptage et d’accès à la culture. » (Christine Albanel, débat parlementaire du 25 novembre 08)

« [Cette réforme] permettra par exemple de prendre le temps d’aborder de grandes thématiques trop souvent oubliées – et nous sommes nombreux à l’avoir dit, sur tous les bancs –, comme l’Europe, l’environnement, le développement durable, la science et la politique. » (Michel Herbillon, débat parlementaire du 25 novembre 08)

De ce point de vue, la qualité est alors pour la majorité un argument pour justifier un nouveau mode de gouvernance de l’audiovisuel public. Il s’agit d’une structure unique, qui permettrait d’atteindre la qualité par une meilleure cohésion interne (FTV, mais aussi AEF pour l’audiovisuel extérieur, pourront alors entrer en compétition avec des groupements audiovisuels forts comme la BBC ou CNN) et par des gains de productivités. Dans cette vision, la qualité est en effet étroitement liée à la concentration et à la rentabilité.

Selon l’opposition, cela pose divers problèmes. Cette réorganisation ne permettra pas d’atteindre la qualité pour des raisons de rentabilité, rentabilité mise à mal par la suppression de la publicité (nous y reviendrons lors du focus rentabilité, le plan de financement est assez flou et problématique : est-il juste de taxer les opérateurs ? viable de taxer les chaines privées et, donc,  d’espérer leur succès ? rationnel de ne pas augmenter la redevance ? …) ; mais aussi pour des raisons de structure, les synergies internes estompant, voire supprimant, les identités propres à chaque chaine, à chaque rédaction. On voit donc là apparaître un autre enjeu, pendant de la qualité, qu’est le pluralisme, enjeu perçu différemment par une majorité qui pense le servir – et par la même, produire une qualité sans précédent – en faisant de FTV un « media global », et en en favorisant la diversité (dans ses ressources humaines comme dans son public).

En effet, la suppression de la publicité – et donc la soustraction de FTV à la loi du marché – minera l’émulation qui existait alors face au secteur privé et produisait la qualité des émissions de FTV et chaines privées. On est à l’opposé de la vision de la majorité selon laquelle « l’audience doit être une ambition, non une nécessité ». Et le manque ne saura être compensé, contrairement aux dires des partisans de la réforme, ou il le sera de manière irraisonnée.  En outre, l’unification de FTV, la nomination de son président par l’exécutif, la décision du cahier des charges – appuyé par un permis à point – par le Ministère de la Culture ou encore l’amenuisement des fonds à la création mettent gravement en péril le pluralisme mais aussi l’indépendance de la télévision publique. L’opposition parle de « monarchie audiovisuelle » (Noël Mamère trace une comparaison avec le modèle berlusconien dans le débat du 26 novembre 08), quand la majorité voit en la réforme de cette nomination un système plus clair et transparent que le système actuel. Cette indépendance est encore un enjeu fondamental concernant la qualité. Elle pose la question de ce fameux enjeu démocratique que nous évoquions au début : l’État démocratique a-t-il un rôle d’éducateur, et dans ce cas, doit-il contrôler la télévision, pour instituer culture et civisme ? Le service public doit-il bien élever le téléspectateur ? Ou, à l’inverse, le débat public peut-il être nourri d’un savoir coproduit par la télévision et par les téléspectateur, avec un service public qui interagirait avec ces derniers ?

En d’autres termes, que doit-on attendre du service public et quelle est la télévision de demain ?